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Musée

des arts de la table

Pot à lait

Pot à lait

Domaine : céramique

Matériau : porcelaine dorée

Fabricant : manufacture de Christopher Potter, rue de Crussol, Paris

Provenance : France, Paris

Chronologie : 1790-1794

 Dimensions : Ht 14,9 ; Lg 9,8 cm

Statut : propriété du Conseil départemental de Tarn-et-Garonne

inv. 2018.11.1

Historique : Acquisition, 2018.

Crédit photo : J.M. Garric ; © Musée des arts de la table/CD 82

L'essor du néoclassicisme dans la seconde moitié du XVIIIe siècle assura une promotion considérable de la couleur blanche dans les arts "majeurs" (architecture et sculpture surtout) et dans les arts décoratifs (vêtement, décoration murale, textiles d'ameublement, objets de décoration et art de la table) mais aussi en alimentation avec le retour en grâce du lait et des laitages. Dès 1761, dans La nouvelle Héloïse, Rousseau en fait un aliment pur, naturel, sans artifice et régénérant tant pour le corps que pour l’esprit. Il l’assimile également à l’état de nature dans Emile ou De l’éducation (1762).Cette promotion du blanc s'accrut par le désir prononcé des élites pour plus de simplicité et de naturel.

Les importations de faïence fine britanniques, quoique limitées par les règles douanières et le protectionnisme français, ont contribué à répandre le goût de la vaisselle "incolore", sans décor peint ou très légèrement ornée. A Paris, la manufacture du Pont-aux-Choux, fermée en 1788, participa à cette mode durable, avec d'autres centres comme Sceaux, Chantilly, Montereau, Saint-Clément, Lunéville, Moyen...

Ce pot à lait dont l'esthétique très épurée correspond à l'évolution du style néoclassique de la fin du règne de Louis XVI, n'est ornée que de filets dorés et d'un monogramme. L'or est devenu, dans les années 1780, le partenaire idéal de la porcelaine, la blancheur meetant la dorure en valeur et inversement. Les fonds de couleur n'étaient pas abandonnés mais, avant de revenir en force sous l'Empire, ils ont laissé beaucoup de place aux ornements légers, dominés par l'or. Cette élégante simplicité devint un "must" parmi la riche clientèle, et la porcelaine blanche à peine relevée de filets dorés, voire même uniformément blanche, connut dès lors un succès permanent, au point de devenir, dans la première moitié du XIXe siècle, l'expression même du bon goût sur une table.

Christopher Potter (vers 1751-1817), touche-à-tout de génie protégé par le prince de Galles, futur George IV, fabriqua de très belles porcelaines dans ses ateliers de la rue de Crussol à Paris, entre l'été 1790 et mars 1794 (cf. P.Valfré, C.Potter, le potier révolutionnaire, Bagneaux-sur-Loing, 2012)