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l'histoire de l'Abbaye

Au carrefour des provinces du Sud-Ouest, Quercy, Languedoc, Gascogne, Belleperche accroche ses puissantes fondations de brique sur la rive gauche de la Garonne et s'enracine dans l'Histoire du Midi toulousain, tout près de sa sœur, Grandselve, et de l'abbaye bénédictine de Moissac.

Son origine n'est pas directement cistercienne. Vers 1130-1140, une vieille famille de chevaliers, les Argombat, fonde un petit monastère dans la vallée de la Gimone, à neuf kilomètres au sud de l’emplacement actuel. Dès 1143, associés à d'autres familles, ils affilient cette modeste structure à l’ordre cistercien afin de donner naissance à un grand établissement dont ils espèrent tirer profit. Belleperche devient alors la 42e fille de Clairvaux, abbaye de saint Bernard, choisie par les fondateurs afin de bénéficier d'un illustre parrainage. La communauté est aussitôt transférée sur le site moderne au débouché de la vallée, en bordure de Garonne.

histoire de l'abbaye de belleperche

Après avoir rassemblé l'essentiel de son patrimoine foncier avant 1200, créé des granges, des ports, et développé le commerce de ses excédents, Belleperche devient au XIIIe siècle l’une des plus riches abbayes du sud de la France, avec Grandselve (Tarn-et-Garonne), Boulbonne (Haute-Garonne) et Fontfroide (Aude). Elle possède, au total, entre 8000 et 9000 hectares de terres et spécialise son agriculture en mettant l'accent sur le vignoble, l'élevage des bovins, des chevaux et des mules. Entre 1253 et 1287, les moines participent au développement des campagnes en organisant neuf bastides dont subsistent aujourd’hui Larrazet, Cordes-Tolosannes, Donzac, Garganvillar, Angeville et Montaïn.

Durant la croisade contre les cathares, Belleperche se tient à l’écart du conflit et apporte un soutien discret au comte de Toulouse. Dès les années 1230 s'ouvre un vaste chantier d'agrandissement, qui aboutit à la reconstruction du monastère sur des dimensions considérables. De 1263 à 1294, Guilhem Jauffre, originaire de Couze-Saint-Front en Périgord, est l’abbé le plus important de l'histoire de Belleperche. Agent diplomatique du roi de France à partir de 1272 dans des affaires sensibles, il est mandaté en février 1294 pour annoncer aux Britanniques la saisie du duché d’Aquitaine, et s’en voit récompensé par sa nomination à l’évêché de Bazas (1294-1299).

Affaiblie par la guerre de Cent Ans, l’abbaye se redresse à la fin du XVe siècle, mais les guerres de Religion l'amènent à nouveau au bord de la ruine. Le 7 octobre 1572, des hommes d’armes s'emparent des lieux, tuent quelques moines, pillent et occupent le monastère puis l’abandonnent à la fin décembre à l'approche de l'armée royale, non sans mettre le feu aux charpentes. Belleperche rétablit sa position au XVIIe siècle et accueille jusqu’à trente moines, chiffre maximum fixé dès 1598. L'abbaye s’ouvre à la vie laïque et développe avec ampleur la fonction hôtelière. Grande ferme cossue au milieu d'un domaine agricole encore riche de milliers d'hectares, elle reste un « bénéfice » lucratif pour ses abbés. Les moines sont alors des rentiers du sol qui vivent dans l'aisance, quoique sans luxe, et soutiennent les populations environnantes.

histoire de l'abbaye de belleperche

histoire de l'abbaye de belleperche

Après la confiscation des domaines du clergé français au titre des Biens nationaux, les moines déménagent en 1791. Acquise aux enchères au mois de mai par un négociant d'Auvillar, Belleperche devient alors un bien privé. Au fil des partages, ventes et successions, on compte jusqu’à huit propriétaires en même temps à la fin du XIXe siècle. En 1983, alors que la partie centrale est menacée de devenir une discothèque, le Conseil Général de Tarn-et-Garonne s’en porte acquéreur, ainsi que de la parcelle contenant le cloître. S'ouvre alors pour Belleperche la voie du renouveau, d'abord par l'entreprise de restaurations indispensables puis sous la forme du musée des arts de la table dont la création fut adoptée par le Conseil Général en 2002 sous l'impulsion de son Président Jean-Michel Baylet.