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Musée

des arts de la table

Assiette potagère

Assiette potagère

Domaine : métal

Matériau : étain martelé

Provenance : France

Chronologie : 1650-1690

Poinçon : un marteau couronné, initiales NL (maître non identifié), un croissant au dessous 

Dimensions : Lg maxi : 26,8 cm

Statut : propriété du Conseil départemental de Tarn-et-Garonne

inv. 2018.13.1

Historique : Acquisition, 2018.

Crédit photo : J.M. Garric ; © Musée des arts de la table/CD 82

Cet objet illustre bien le caractère encore polyvalent des objets de table au XVIIe siècle dans les milieux sociaux aisés. S'agit-il d'une assiette, d'un plat creux ou d'une jatte ? En fait, il faut oublier la spécialisation de l'usage des objets qui accompagna leur multiplication à partir des années 1730-1750 et considérer qu'avant cette époque, l'assiette servait non seulement pour manger mais aussi de plat. Nombre de services en argent, en étain, en faïence ou en porcelaine de Chine ne comportaient que des assiettes et des plats de divers diamètres dont la fonction était à la fois individuelle et collective. La présence d'une assiette plate devant chaque convive n'excluait pas la consommation directe d'un potage dans le plat, à la cuillère, et beaucoup d'assiettes parsemaient la nappe, contenant des mets variés desquels on se servait librement. Cette assiette en étain a donc probablement été employée selon les besoins, mais sa profondeur semble en faire une assiette potagère.


Il existait dans la seconde moitié du XVIIe siècle toutes sortes d'assiettes, auxquelles on donnait des noms variés que l'on retrouve dans les inventaires après décès ou ceux des fonds d'atelier de fabricants : assiettes "à la dauphine", "à garnir", "volantes", "mazarines", "potagères" et même... "d'autre façon" ! L'assiette potagère, qui devint l'assiette creuse par opposition à la plate, fut créée en Italie et adoptée en France. On lui donna le nom du cardinal Mazarin mais il ne l'a ni inventée ni importée, contrairement à ce que l'on répète. Depuis des siècles, pour absorber les mets liquides, sans consistance, ou manger les préparations de viandes et de légumes cuites dans un bouillon, on utilisait des écuelles qui ressemblaient déjà à des assiettes creuses sans aile, bien que parfois la bordure en prenait l'apparence. Mais parmi la haute société, l'écuelle, dès le XVIe siècle, cessa d'être utilisée à table. A cette époque, l'assiette creuse, sous la forme d'une calotte bordée d'une aile large, était déjà connue en France mais on ne l'utilisait pas partout ni au quotidien.


L'essor de l'assiette creuse tient un peu à l'italianisme qui irriguait la culture des élites françaises mais aussi à l'évolution des formes de décence et de propreté. Au fil du XVIIe siècle, comme il était de plus en plus mal vu que chacun mît sa cuillère au plat faute de récipient adapté à la consommation des potages, l'assiette creuse se révéla indispensable. Les convives, en utilisant la grande cuillère de service pour saisir viandes et légumes, puis la louche pour prendre du bouillon, deux ustensiles nés à la fin du XVIIe siècle dans le sillage des nouvelles normes de politesse, cessaient de manger à même le plat. Cette ancienne pratique fut dès lors abandonnée aux classes populaires essentiellement rurales qui la perpétuèrent jusqu'à la fin du XIXe siècle. Dans Les délices de la campagne, ouvrage d'économie domestique destiné aux aristocrates vivant dans leur château, Nicolas de Bonnefons écrivait en 1673 : "Les assiettes des convives seront creuses, afin que l'on puisse se présenter du potage et s'en servir à soi même, sans prendre cuillérée à cuillérée dans le plat".


Une assiette aussi profonde que celle-ci était tout à fait apte à la consomation des potages qui, en ce temps, mêlaient des tranches de pain mitonnées et trempées de bouillon, des légumes, des herbes, des viandes, et dans certaines recettes du riz, des légumineuses, des oeufs, des fruits...