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Musée

des arts de la table

Fontaine à liqueur

Fontaine à liqueur

Domaine : céramique, vie domestique

Matériau : faïence stannifère peinte, étain

Provenance : France, Rouen

Chronologie : XVIIIe siècle

Dimensions : 17,5 x 17,5 cm ; Ht 21,8 cm

Statut : propriété du Conseil départemental de Tarn-et-Garonne

inv. 2018.31.2

Historique : Acquisition, 2018.

Crédit photo : J.M. Garric ; © Musée des arts de la table/CD 82

Si le mot "liqueur" avait autrefois un sens beaucoup plus large qu'aujourd'hui, puisqu'il désignait tous les liquides naturels ou résultant d'une préparation, y compris l'eau, c'est bien aux liqueurs alcoolisées que cet objet se réfère.


Les breuvages sirupeux et parfumés ont longtemps consitué un luxe accessible seulement aux amateurs fortunés. Dans les grandes maisons, c'est à l'office qu'on les préparait. L'Ecole parfaite des officiers de bouche (1713) est explicite sur ce point : « comme toutes ces liqueurs sont un des plus grands agréments de la vie, et surtout des repas, il est bon qu’on officier, du ressort duquel elles sont, se fasse en quelque façon une étude de ce qui regarde la manière de les faire, afin que dans toutes les saisons de l’année il n’en soit point au dépourvu ». Et l’auteur ajoute ce détail important sur leur usage : « les Grands aiment se sentir chatouiller le goût par les liqueurs, surtout à la fin du repas, où pour aider à la digestion ils prennent de celles qui échauffent, et se rafraichissent avec celles qui en ont la propriété ». L'argument médical ou diététique était commun puisque les distillations et infusions dans l'alcool entraient dans la pharmacopée du temps.


Ces liqueurs étaient obtenues par macération plus ou moins longue de fruits, fleurs, plantes et épices, mêlés en proprotions variables, dans les meilleures eaux-de-vie avant d'être sucrées et parfois distillées. Les ingrédients et la délicatesse de ces préparations en faisaient des boissons précieuses. Le cuisinier Menon, en 1768, cite les plus en vogue à l'époque, toutes d'origine étrangère : « le Cinnamome, l’Escubac, l’Eau des Barbades, l’Eau de fines oranges (…) le Ratafiat de Grenades, le Superfin de Safran, les Eaux-de-vie d’Irlande, d’Andail, de Dantzic… ».


Grimod de la Reynière rappelle qu’avant la Révolution, « On ne les servoit qu’à la suite d’un grand repas, en petite quantité, dans de très petits verres ». Les amateurs humaient (humer = boire à toutes petites gorgées) les liqueurs venues de Verdun, de Montpellier, de Nancy, d’autres pays d’Europe ou même des îles. Grimod cite également un marchand parisien qui, sous le Premier Empire, disposait d'un stock de milliers de bouteilles conservées dans des caves et provenant des ventes des biens d'émigrés durant la Révolution. Toutes étaient de la première qualité, bonifiées par l'âge, car on laissait les liqueurs vieillir afin d’en apprécier les parfums les plus sensibles.


Ce type de consommation élitiste, impliquant modération et appréciation gustative, explique la préciosité des cabarets à liqueurs du XVIIIe siècle, les dimensions réduites des flacons, des contenants divers et des verres. Ce tonnelet porté par quatre lions et chevauché par un jeune Bacchus ne fait pas exception. Il était destiné à conserver et présenter quelque capiteuse eau ou crème parfumée et sucrée, destinée, en fin de repas, à réjouir les papilles et, croyait-on, avoir une action digestive.