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Musée

des arts de la table


Presentation

La collection Valfré

En 2010, le musée s'est enrichi de la collection constituée à partir de 1989 par M.Patrice Valfré,  riche de plusieurs centaines d'objets relatifs à la consommation du thé, en majorité fabriqués en Chine pour le marché intérieur et pour l’exportation, mais aussi au Japon et en Europe.

Désireux de voir cet ensemble conservé en France et mis à la disposition du public sans risque de dispersion, M.Valfré l'a cédé au Musée des Arts de la Table.

Cette acquisition, en partie réalisée directement par le Conseil Général, a été rendue possible grâce à trois actions convergentes :

- le très généreux mécénat du Crédit Agricole, au travers de de sa fondation nationale « Pays de France », de sa caisse régionale Nord-Midi-Pyrénées et de la caisse locale « Pays de Cadillac », sans lesquels ce trésor culturel ne serait pas entré dans le domaine public,

- le dépôt définitif consenti par la Société Archéologique et Historique de Tarn-et-Garonne, bénéficiaire du mécénat et toujours présente lorsqu'il s'agit de favoriser l'enrichissement du patrimoine commun,

 - la donation complémentaire voulue par M.Valfré lui-même, comprenant en particulier une bibliothèque spécialisée de 138 titres, 3 jarres d'époques Song et Ming, 4 grandes jarres (à thé, à eau, funéraires) du XVIIIe siècle, 68 becs, couvercles et anses provenant de dépotoirs de Yixing et du palais des Ming à Nankin, et 203 prototypes ou échantillons de théières et pots à thé en grès de Yixing, porcelaine de Jingdezhen, faïence, cuivre émaillé, terre, bambou, os, produits par la société Exotic Line créée et dirigée par M.Valfré de 1997 à 2005.

Un trésor culturel et esthétique

La collection Valfré compte quelques pièces antérieures au XVIe siècle, bol et coupelle d'époque Tang en terres mêlées, une dizaine de bols tenmoku d'époque Song, une verseuse à alcool en argent du XIIIe siècle, une verseuse à alcool et une coupe à anses en forme de dragon à glaçure céladon d'époque Yuan, des tasses et des bols de la période Ming en porcelaine ou grès. La porcelaine d'exportation du XVIIIe siècle dite « Chine de commande » est représentée par vingt-huit pièces, et les XIXe et XXe  siècles ne sont pas en reste avec un large éventail de formes et de provenance (Chine, Japon, France, Royaume-Uni, Allemagne...)

Mais la collection Valfré c'est surtout 246 pièces en grès, des théières pour la plupart, originaires de la ville de Yixing. Cité de la céramique à mi chemin entre Nankin et Shanghai, Yixing est le lieu où fut inventée la théière au début du XVIe siècle, lorsque la préparation du thé par infusion des feuilles prit le pas définitivement sur la décoction pratiquée depuis des siècles. Les théières de Yixing, aux multiples nuances de rouge, violet, pourpre, brun, jaune ou noir, sont appréciées et  recherchées en Chine depuis cinq siècles. L'Europe occidentale, après une longue éclipse de 250 ans, redécouvre à présent ces théières que les rois du XVIIe siècle et du début du XVIIIe s'arrachaient à prix d'or. Ce qui était jadis objet de collection et de curiosité réservé aux princes, est redevenu objet d'usage, et avec raison. Le grès de Yixing est en effet le matériau idéal pour la préparation du thé dans des conditions optimales d'expression des arômes et du goût.

Le grès de Yixing, matériau légendaire

Solide, sonore, sensuel aussi, le grès de Yixing est mis en œuvre depuis plus d'un millénaire. Il autorise, par sa légère porosité, un échange idéal entre terre, air, eau et feu. Il est particulièrement adapté aux thés semi-fermentés, les Oolong. Chaque théière de Yixing doit trouver son thé, et ne servir qu'à lui. Elle ne se lave jamais, elle se rince simplement, afin de conserver l'empreinte tannique du thé. Les grès de Yixing sont devenus des objets de collection dès la fin de l’époque Ming au début du XVIIe siècle. Ils se vendaient parfois à leur poids d’or fin, s’ils sortaient des mains d’un grand maître reconnu. Une théière de Yixing est traitée presque comme un être vivant, comme une flamme qu’il ne faut pas laisser s’éteindre. Un amateur sait deviner laquelle va convenir à tel thé, exactement comme un maître de chai connaît ses barriques, leur bois, et celle qui va convenir au vieillissement de tel ou tel vin…

Ces objets qui magnifient l’infusion furent les premiers à parvenir en Europe occidentale à la fin du  XVIe siècle. Une sorte de mythe des grès venus de l’Empire du Milieu s’est alors formé, et c'est avec eux que le thé commença à se répandre en Europe. Le coût prohibitif des théières importées, conjugué à la mode fulgurante de la boisson dans certains pays, stimula les céramistes anglais, allemands et néerlandais qui se lancèrent dans l’imitation des pièces chinoises. La collection Valfré renferme ainsi un rare exemple des productions d'Ary de Milde, célèbre entrepreneur néerlandais peu avant 1700. Cet épisode de la compétition économique entre Orient et Occident dura près d'un siècle, de 1675 à la seconde moitié du XVIIIe siècle, jusqu'à ce que le goût européen pour la riche et brillante porcelaine émaillée de couleurs vives et de scènes exotiques ne détrône les grès de Yixing sur les tables à thé... avant leur retour dans les années 2000.

Par le nombre d'objets et leur qualité, la collection Valfré permet de détailler la presque totalité des types, styles et décors de Yixing entre la fin du XVIe siècle et la fin du XIXe siècle. Cela en fait la collection la plus importante en Occident sur cette production, rendue publique grâce à l'action du Crédit Agricole.